Petit pays – Gaël Faye

septembre 16
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Hello,

la semaine dernière, j’ai eu la chance de recevoir ce roman de la rentrée littéraire, gentiment offert par mon ami Hugues. Il connaissait l’auteur pour sa musique et voulais un avis sur ce premier roman. Petit pays me tentait beaucoup alors je l’ai commencé dès sa réception. Cet ouvrage est de Gaël Faye, publié aux éditions Grasset.

Gabriel est le narrateur de ce récit, dans lequel il parle de son enfance au Burundi, petit pays d’Afrique centrale, frontalier du Rwanda. Il raconte l’avant : avant la séparation de ses parents, avant la guerre au Rwanda, avant le massacre de sa famille là-bas, avant, lorsque ramasser des mangues et descendre la rivière sur un radeau de fortune suffisait à ses copains, avant qu’ils décident que c’était aussi leur guerre, avant les jours de « ville morte » où les gens devaient rester enfermés chez eux, avant, lorsqu’il savait encore quoi écrire à sa correspondante française, avant, quand votre taille et la forme de votre nez ne décidaient pas de votre vie ou de votre mort. Gabriel et sa soeur Ana étaient des « petits blancs » dans leur impasse, car leur père était français. Mais ils avaient aussi du sang Tutsi de par leur mère. Et cette guerre civile entre Tutsi et Hutus a fini par les rattraper malgré les efforts de leur père pour les mettre à l’écart. Chaque jour la violence prenait un peu plus de place, jusqu’au moment où elle est devenu leur quotidien. Gabriel s’est alors réfugié dans les livres que lui prêtait sa voisine, pendant que sa soeur dessinait des maisons en feu et des machettes ensanglantées. Finalement, Gaby et sa soeur ont été rapatriés en France. Mais il a toujours eu cette impression de fuir son pays plutôt que de fuir la guerre. Un jour, il y retournerait, même si ce doit être 20 ans plus tard.

Je suis assez ignorante de ces guerres sanglantes qui ont eu lieux au Rwanda et au Burundi au XXème siècle. La seule autre lecture qui m’en a appris un peu plus est un roman pour adolescents publié chez Thierry Magnier : La mémoire en blanc d’Isabelle Collombat.
Le point de vue de Gabriel est très intéressant car il aurait souhaité ne pas prendre part à la guerre, ne pas avoir à choisir de camp. Il aurait aimé rester dans ce havre de paix que représentait leur impasse. Où tout n’était que jeux entre copains, longues siestes pour échapper à la chaleur, chasse aux crocodiles et grandes fêtes d’anniversaire réunissant tout le quartier. J’ai beaucoup apprécié les réflexions du jeune garçon, notamment dans sa première réponse à Laure, sa correspondante :

Chère Laure, Gaby c’est mon nom. De tout façon tout a un nom. Les routes, les arbres, les insectes… Mon quartier, par exemple, c’est Kinanira. Ma ville c’est Bujumbura. Mon pays c’est le Burundi. Ma soeur, ma mère, mon père, mes copains ils ont chacun un nom. Un nom qu’ils n’ont pas choisi. On naît avec, c’est comme ça. Un jour, j’ai demandé à ceux que j’aime de m’appeler Gaby au lieu de Gabriel, c’était pour choisir à la place de ceux qui avaient choisi à ma place. Alors pourras-tu m’appeler Gaby, s’il te plaît ? J’ai les yeux marron donc je ne vois les autres qu’en marron. Ma mère, mon père, ma soeur, Prothé, Donatien, Innocent, les copains… ils sont tous lait au café. Chacun voit le monde à travers la couleur de ses yeux. Comme tu as les yeux verts, pour toi, je serai vert. J’aime beaucoup de choses que je n’aime pas. J’aime le sucre dans la glace mais pas le froid. J’aime la piscine mais pas le chlore. J’aime l’école pour les copains et l’ambiance mais pas les cours. Grammaire, conjugaison, soustraction, rédaction, punition, c’est la barbe et la barbarie ! Plus tard, quand je serai grand, je veux être mécanicien pour ne jamais être en panne dans la vie. Il faut savoir réparer les choses quand elles ne fonctionnent plus. Mais c’est dans longtemps tout ça, je n’ai que 10 ans et le temps passe lentement, surtout l’après-midi car je n’ai jamais école et le dimanche car je m’ennuie chez ma grand-mère. Il y a deux mois, on a vacciné toute l’école contre la méningite sous le grand préau. Si tu tombes malade des méninges, c’est grave, tu ne peux plus réfléchir il paraît. Alors le proviseur a insisté auprès de tous les parents pour que l’on nous fasse la piqûre, c’est normal, c’est son affaire nos méninges. Cette année, il va y avoir des élections pour élire un président de la République au Burundi. C’est la première fois que ça arrive. Je ne pourrai pas voter, il faut que j’attende d’être mécanicien. Mais je te donnerai le nom du vainqueur. Promis ! À bientôt, Bisous Gaby

Voilà un très beau et fort premier roman que je recommande (même si j’ai eu pour une bonne partie du temps de lecture la chanson Petit pays je t’aime beaucoup de Cesária Évora en tête…). Il me donne envie d’aller écouter les paroles des chansons de Gaël Faye. Elles doivent être percutantes et poétiques si j’en crois ce roman 😉

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